Vous avez une chienne à la maison et vous souhaitez la faire reproduire pour avoir une portée de chiots. Bien anticiper la grossesse de sa chienne c’est faire en sorte que tout se passe le mieux possible, pour sa santé mais aussi celle des chiots à naître. Quelles sont les conditions préalables à la mise à la reproduction (= saillie) pour la chienne ? Quels sont les signes à surveiller pendant la gestation et comment réaliser le suivi ? Que faire en cas de problème ? Un vétérinaire vous explique dans cet article tout ce qu’il faut savoir sur la gestation dans l’espèce canine.

Quel est le bon moment pour faire reproduire son chien ?



Pour espérer que sa chienne soit enceinte et accouche d’une portée de chiots, il est essentiel de savoir exactement quand la faire reproduire.

Age optimal pour la reproduction chez le chien



L’âge optimal pour une saillie chez la chienne est compris entre 1,5 et 8 ans maximum chez les petites races, entre 2 et 6 ans pour les grandes races. C’est pendant cette période que les chiennes sont le plus fertiles.

Les chiennes ne doivent pas être mises trop jeunes à la reproduction car :

  • D’une part il faut attendre que la puberté soit atteinte (âge de la maturité sexuelle). La puberté, et donc les premières chaleurs, apparaît vers l’âge de 6 mois chez les petits chiens et entre l’âge de 12 et 18 mois chez les grands chiens. Avant la puberté les chiennes n’ont pas de cycle de chaleur, n’acceptent pas le mâle et ne sont pas capables d’ovuler.
  • D’autre part il faut attendre la fin de la croissance. En effet, pendant la croissance l’énergie absorbée sera utilisée pour grandir et non pour permettre le développement des chiots in utero. De plus, la taille adulte n’étant pas atteinte, le bassin est en général trop étroit pour permettre aux chiots d’être expulsés en toute sécurité.

Lorsque les chiennes sont trop âgées, les ovocytes (ovules) libérés sont plus fragiles. De même, le ralentissement du métabolisme ne permet pas de garantir un environnement idéal pour une gestation.

Quand faire saillir sa chienne ?



Pour pouvoir être saillie et avoir une chance d’être gestante, il faut qu’une chienne soit en contact avec un mâle pendant une certaine période des chaleurs. Une chienne ne va accepter le mâle et ne pourra s’accoupler que pendant l’œstrus. C’est la période au cours de laquelle la chienne va ovuler et l’ovocyte libéré va avoir plus de chance d’être fécondé.

Il est possible de réaliser chez le vétérinaire un suivi de chaleur et d’ovulation afin d’identifier au mieux cette période et de présenter le mâle au meilleur moment. Ce suivi consiste à réaliser plusieurs frottis vaginaux puis des prises de sang pour doser la progestérone.

Conseils préalables à la mise à la reproduction



Avant de faire reproduire votre chienne il est très important de s’assurer qu’elle est en bonne santé et de réaliser l’ensemble des actes de médecine préventive indispensables à sa protection et à celle de ses chiots.

En effet, la vaccination protège la mère contre des maladies potentiellement graves pour sa santé mais qui peuvent aussi entraîner des malformations chez les chiots voire un avortement. De plus, après la naissance, les anticorps seront présents dans le lait maternel et seront donc assimilés par les chiots au cours de la lactation ce qui leur conférera une protection partielle.

De même, assurez-vous que votre chienne soit bien vermifugée avant la grossesse et avant la mise-bas pour protéger les chiots à la naissance, car ils supporteront beaucoup moins bien ce type de parasite que les chiens adultes.

Enfin, protéger sa chienne contre les puces permet de lui éviter une grosse infestation qui la fatiguerait (anémie causée par les repas de sang des puces) et qui serait aussi très gênante pour les chiots. Prenez conseil auprès de votre vétérinaire pour choisir des produits qui ne seront pas dangereux pendant la gestation ou la période d’allaitement des chiots.

Evitez de faire reproduire votre chienne si elle présente des anomalies congénitales et/ou des maladies d’origines génétiques. Si vous faites saillir votre chienne par un mâle d’une race prédisposée pour certaines maladies d’origine génétique, n’hésitez pas à demander que celui-ci soit aussi testé. Cela permet d’éviter de faire naître des chiots qui seront porteurs d’anomalies et de les perpétuer.

Si votre chienne est trop jeune ou trop âgée, faites en sorte de ne pas la mettre dans une situation à risques où elle pourrait être saillie à votre insu. Cela permet de ne pas avoir à gérer de portées non désirées avec des risques plus importants pour la mère et les chiots (avortement, césarienne d’urgence, éclampsie …).

Comment savoir si ma chienne attend des chiots ?



Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous invitons à lire notre article intitulé « Comment savoir si ma chienne est enceinte ? Les signes ! »

Symptômes de la grossesse chez la chienne



Les symptômes physiques qui permettent de penser qu’une chienne est gestante sont assez peu spécifiques et plutôt visibles tardivement, en fin de gestation. La chienne va prendre du poids pendant le dernier tiers de la grossesse et son ventre va s’élargir. Les tétines des mamelles vont augmenter de taille et du lait pourra commencer à s’en écouler peu de temps avant la mise-bas. On pourra parfois observer des écoulements vaginaux transparents.

Pendant les deux mois de la gestation, l’appétit de la chienne pourra fluctuer sans que cela soit inquiétant. A la fin de la grossesse, la chienne va avoir un comportement dit de nidification où elle va se préparer un endroit calme et confortable pour mettre-bas.

Diagnostic de certitude de la gestation



La seule façon de savoir avec certitude si votre chienne attend des chiots est de l’emmener chez le vétérinaire pour un examen clinique et des examens complémentaires. Le diagnostic n’est pas possible avant au moins 3 semaines (21 jours) après l’ovulation (et non pas la saillie).

A partir de 21 jours, le vétérinaire peut commencer à sentir par palpation les ampoules fœtales (petits sacs contenant le liquide amniotique dans lequel on trouve un chiot) dans le ventre de la chienne. Si la chienne bouge beaucoup et/ou qu’elle est trop grosse cela peut s’avérer compliqué. Il est aussi possible de réaliser une prise de sang pour doser la relaxine, une hormone présente dans le sang uniquement en cas de gestation.

A partir de 28 jours de gestation (après l’ovulation), le vétérinaire peut réaliser une échographie de gestation. Cette échographie permet de confirmer une grossesse mais aussi de vérifier l’état de santé des chiots et d’essayer de les compter, ce qui est difficile au-dessus de 4 chiots. C’est un examen non invasif et non douloureux pour la chienne et les chiots.

A partir de 45 jours de gestation (après l’ovulation), les squelettes des chiots sont suffisamment minéralisés pour être vu sur les clichés radiographiques. Réaliser des radiographies permet de compter avec une plus grande précision les chiots attendus au moment de la mise-bas. Elles permettent aussi de mesurer le diamètre des crânes des chiots et de les comparer avec le diamètre du bassin de la chienne. Cette mesure est très intéressante dans le cas de chiot unique, souvent très gros, pour lesquels il faut souvent envisager une césarienne programmée.

Combien de temps dure la gestation chez le chien ?



La gestation chez la chienne dure entre 61 et 63 jours après la date de l’ovulation. Si on compte à partir de la saillie, la durée de la gestation est comprise entre 57 et 68 jours : en effet, les spermatozoïdes peuvent survivre en moyenne jusqu’à 5 jours dans l’utérus de la chienne.

Savoir quand aura lieu le terme, et donc la mise-bas, est relativement important car les chiots à naître supportent difficilement la prématurité et souffrent de rester trop longtemps dans l’utérus. Des chiots qui naissent trop tôt possèdent des poumons immatures auxquels il manque du surfactant à la surface des alvéoles pulmonaires. Le taux de mortalité des chiots prématurés est très important. De même, une fois le terme des 63 jours après l’ovulation dépassé, il est urgent de prendre rendez-vous chez le vétérinaire pour une échographie de suivi (mesure de la fréquence cardiaque des chiots et recherche des signes de souffrance fœtale) et d’envisager une césarienne.

Quelles sont les complications possibles lors de la gestation ?



La complication la plus fréquemment rencontrée en cas de gestation chez la chienne est l’avortement spontané. Très souvent les avortements sont précoces et ne sont même pas observés par les propriétaires car ils ont lieu dans les premières semaines, avant même qu’un diagnostic de gestation soit possible. En cas d’avortement tardif on va observer des écoulements vulvaires hémorragiques, voire purulents (en fonction de la cause) avec élimination des fœtus non viables. Les avortements peuvent être dus à une fièvre en cas de maladie, un traumatisme au niveau de l’abdomen, ou à une tare génétique chez les chiots … Les origines infectieuses sont relativement fréquentes dans l’espèce canine d’où l’importance d’une bonne couverture vaccinale en amont de la mise à la reproduction.

On peut parfois observer des torsions utérines (une corne utérine s’enroule sur elle-même provoquant une obstruction à la circulation sanguine), des hernies utérines (passage d’une corne utérine dans l’anneau inguinal par exemple) ou des ruptures utérines (rupture de l’utérus avec passage de son contenu dans l’abdomen). Ces complications sont peu fréquentes mais sont toutes très graves et nécessitent une prise en charge en urgence avec césarienne et hospitalisation de la chienne.

De nombreux médicaments sont interdits pendant la gestation chez la chienne comme dans l’espèce humaine. Certains médicaments peuvent entraîner un avortement et d’autres peuvent favoriser l’apparition de malformations plus ou moins graves chez les chiots. Prenez toujours conseil auprès de votre vétérinaire avant de donner un médicament à votre chienne gestante.

L’éclampsie ou tétanie puerpérale est due à une chute importante du taux de calcium dans le sang chez la chienne en fin de gestation (ou après la mise-bas pendant la lactation). Le taux de calcium baisse car il est fortement utilisé pour contribuer à l’ossification des squelettes des chiots. Ce trouble n’est pas des plus fréquents mais il est potentiellement mortel pour la mère et les chiots et doit être pris en charge en urgence. L’éclampsie entraîne de l’agitation et des halètements dans un premier temps puis évolue vers des troubles de l’équilibre, de la fièvre et des convulsions. C’est pour cela notamment qu’il est très important de donner une alimentation adaptée à la chienne gestante.

Alimentation de la chienne gestante



Pendant la gestation, les besoins énergétiques (BE) de la chienne vont drastiquement augmenter pendant les 4 à 5 dernières semaines (ils peuvent tripler !). On recommande d’augmenter de 10% les BE estimés par semaine dès la 5ème semaine de gestation, sans jamais dépasser 50% des BE d’entretiens initiaux. Il faut certes apporter plus d’énergie pour permettre le bon développement des chiots mais sans excès pour ne pas faire prendre trop de poids à la mère.

L’aliment distribué à la femelle gestante doit donc être adapté à partir de la 5ème semaine de gestation afin de couvrir ses nouveaux besoins en énergie et en nutriments.

  • Les besoins en protéines sont augmentés. On recommande que le RPC (rapport protido-calorique) de l’aliment distribué soit supérieur à 65.
  • Les besoins en matières grasses augmentent aussi notamment en acides gras essentiels comme les oméga 3. Ils sont indispensables pour le bon développement cérébral des chiots. Il est tout à fait possible de donner des compléments alimentaires à base d’huile de poisson à la chienne, en plus de l’aliment adapté.
  • Augmentation des besoins en calcium (jusqu’à 60% en fin de gestation).

Les aliments industriels de qualité pour chiots sont parfaitement adaptés pour nourrir les chiennes en gestation et pendant la lactation.

Il est important de répartir les apports nutritifs sur la journée avec au moins deux repas.

Quels sont les signes annonciateurs de la mise-bas en fin de gestation ?



Pour rappel, en fin de gestation, la chienne développe un comportement dit de nidification. Elle cherche alors un endroit calme et confortable pour mettre-bas et cela peut être le canapé. Il est donc utile de préparer un endroit adapté pour votre chienne et si possible de la guider à cet endroit le jour J.

On peut observer une baisse de température de 1°C dans les 24h précédent la mise-bas. Pour que ce signe soit fiable il faut :

  • Que la température corporelle de base de votre chienne soit connue. Il faut donc pouvoir la prendre régulièrement en fin de gestation.
  • Que la prise de température se fasse dans des conditions non stressantes pour être interprétable.

On peut observer la perte du bouchon muqueux les jours qui précèdent la mise-bas.

La meilleure façon de savoir quand doit se terminer la gestation est d’avoir pu faire un suivi de chaleur avec dosage de la progestérone avant la saillie pour dater avec précision l’ovulation.

Pour en savoir plus sur les signes de la mise-bas nous vous invitons à lire notre article Mise-bas chez la chienne : Quels sont les signes à surveiller ?

Dans quels cas faut-il appeler le vétérinaire pendant la gestation chez la chienne ?



Dans la grande majorité des cas la gestation se passe sans trop de soucis dans l’espèce canine. Il faut cependant consulter le vétérinaire rapidement si :

  • La chienne gestante a de la fièvre et/ou une perte d’appétit.
  • Elle présente des écoulements vulvaires anormaux (sang ou pus) et/ou nauséabonds.
  • La date du terme est dépassée.
  • La portée est constituée d’un chiot unique car il y a de forte chance que celui-ci ne puisse pas déclencher les contractions et/ou qu’il soit trop gros pour sortir seul. Une césarienne est souvent programmée dans ces cas-là.

Consultez votre vétérinaire si vous avez le moindre doute.

Maintenant que votre chienne a eu une portée, n’hésitez pas à demander conseil auprès de votre vétérinaire à propos de la stérilisation. Si vous n’avez plus le désir de faire reproduire votre chienne cela sera bénéfique pour sa santé.